Perspectives de jeunes pasteur·e·s

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De d. à g. Sandrine Landeau, Vincent Demaurex, Maëlle Bader
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Perspectives de jeunes pasteur·e·s

Transmission, esprit d'équipe et audace. Trois mots qui illustrent l'engagement de trois jeunes pasteur·e·s

Sandrine Landeau, 42 ans, pasteure dans la région Centre-ville rive gauche de Genève depuis le 1er sept. 2020

TRANSMISSION «Avant de devenir pasteure, j’étais ingénieure forestière. J’ai été habituée à œuvrer sur le temps long et à n’être qu’un des facteurs d’un processus bien plus vaste. Lorsque vous plantez des arbres, vous le faites pour les deux prochaines générations. En Église, nous pourrions nous donner aussi cette respiration du temps long, sortir de l’urgence. En forêt, il vous faut accepter que beaucoup de choses vous échappent (à commencer par le climat et son évolution!) tout en essayant de faire ce qui paraît être le mieux aujourd’hui pour demain. On n’est pas si loin du travail en Église!

Je garde aussi de mon parcours une attitude positive face aux expérimentations. En sciences, un résultat négatif est un résultat très utile. En Église, on peut se donner aussi le droit d’essayer des choses et de prendre le temps ensuite d’analyser pour en tirer des éléments utiles: si ça a marché, pourquoi? Si ça n’a pas marché, pourquoi? C’est le principe de la démarche scientifique: l’erreur fait partie du processus!» 

Vincent Demaurex, 43 ans, pasteur suffragant à la paroisse de Clarens (VD) depuis le 1er sept. 2020

ÉQUIPE «Pour moi, le travail en équipe est fondamental. J’ai facilement des idées, mais je pèche parfois sur l’organisation. L’important est de s’entendre sur le but et de permettre à chacun•e de mettre en avant ses qualités. Si vous demandez à des personnes de venir mettre des tables en place, elles le feront volontiers une ou deux fois, mais elles seront vite lassées. Si vous les incluez dans un projet commun où elles peuvent amener leurs compétences, elles seront nettement plus intéressées à s’investir. J’estime qu’il est important de soigner une dynamique qui permette à la paroisse d’impliquer des personnes, qu’elles soient salariées ou bénévoles, dans des activités spécifiques pour un engagement valorisant.

Avec les restrictions budgétaires qui s’annoncent, il me semble que le mode de fonctionnement des Églises ne pourra que se rapprocher d’un modèle associatif. Il est donc important de faire en sorte que chacun·e puisse trouver une place qui lui corresponde pour œuvrer dans un but commun. En développant cela, nous pourrons aussi nous tourner vers l’extérieur et proposer des activités qui fassent sens.»

Maëlle Bader, 29 ans, pasteure à la paroisse de Courtelary (BE) depuis le 1er sept. 2020

OSER «Pour ma part, la formation que j’ai suivie à l’OPF pourrait encore aller plus loin. On reste très ancré dans un milieu ecclésial, avec ses codes et ses traditions qui ne parlent plus forcément à une grande partie de la société. Je pense qu’il y a un grand travail de vocabulaire à faire. Dans un monde qui bouge très vite, l’Église a souvent un discours très décalé. Dans la région où j’exerce mon ministère, une collègue, aujourd’hui retraitée, proposait régulièrement des cultes «sans bondieuseries». Je trouve cette démarche intéressante pour dépasser les barrières d’un langage parfois incompréhensible pour certains et permettre de délivrer un message qui parle aujourd’hui.

Je suis également convaincue qu’il est important que chacun puisse mettre en avant ses talents particuliers. C’est sûrement un héritage de mon passage à l’aumônerie de jeunesse de Neuchâtel, où l’une des choses les plus importantes que j’ai apprise est d’oser être soi-même. Je rêve d’une Église ouverte qui ne soit plus affublée d’une image conservatrice et qui puisse aborder des questions qui dérangent.»